Interview EX MACHINA automne 1995

X: Ex Machina - B: Batchas


BATCHAS, formation suisse encore confidentielle, a sans conteste été la révélation du festival de Nevers organisé par White Noise* en mai dernier. La diversité des influences musicales du groupe ainsi que le mélange des sonorités les plus diverses, allant de l'electronique bruititste aux instruments accoustiques, ont su séduire les différents types de public présents. De plus, le caractère pour le moins sympathique du leader du groupe ne pouvait que nous inciter à lui poser quelques questions... (*aujourd'hui: Noise Museum)

X: Peux-tu nous présenter BATCHAS? Combien y a-t-il de membres permanents? Quelles ont été les réalisations du groupe jusqu'à présent?


B: D'abord, je tiens à te remercier pour l'intérêt que tu portes à ce projet. Je réponds d'autant plus volontiers à tes questions que tu donnes un soin particulier à la qualité d'impression d'EX MACHINA. BATCHAS a été crée en 1983, et est constitué d'un seul membre permanent. Pour les prestations scéniques, il se peut toutefois très bien que des amis se joignent à moi, ainsi BATCHAS hors studio se transforme selon le lieu ou le moment de telle ou telle performance... Jusqu'à la sortie prochaine sur le label White Noise du Lp "Live in Nevers" il n'y a eu que des projets studio qui ont vu le jour sur le label "Scrotum Production". Voici donc une discographie complète (ou presque!) en exclusivité pour les lecteurs de EX MACHINA!

85: Armi Chimiche (C20)

86: Musique de Milieu part 1 (C15)

87: Musique de Milieu part 2 (C30)

87: Caractères (C40)

87: Musique de Milieu part 3 (C40)

88: Hyioide (C15)

89: Myiase part 1 = split Alimentation Générale/Batchas (C50)

89: Schizoïdie Trilogie part 1 (C20)

89: Schizoïdie Trilogie part 2 (C20)

89: Schizoïdie Trilogie part 3 (C20)

93: Tahafut-Ul-Tahafut (Cd)

94: Cauchemard Lesung Zh (C60)

94: Mydaüs-Split S.o.E/Batchas (Lp)

X: Tu as également plusieurs autres projets paralléles. Peux-tu nous en dire plus?

B: Il y a Myiase (Ro-g & Batchas) qui est un projet existant depuis '93 et plutôt axé vers les performances et installations "live", avec un son analogique et dur... A son actif: un Lp sorti sur Ectoplasma Rec / Scrotum Production, puis plusieurs morceaux studio réalisés pour des compilations à sortir... (Actus Dei, Blaster Rec. etc). Il y a Freq63 qui est un projet solo encore celui-ci, toujours très electronique, mais plus orienté ambient-techno, tout en gardant de fortes attaches "indus"... Des projets "vinyliques" en perspective...

X: La prestation de BATCHAS lors du festival de Nevers fut plutôt rythmée et bruitiste, alors que l'album "Tahafut-Ul-Tahafut" est beaucoup plus ambiant et méditatif. Quels sont les différents domaines que BATCHAS désire explorer?

B: Il s'agit de domaines différents bien que liés. En studio le son "porte" mon travail et reste la priorité de mes recherches. Il me conduit le plus souvent vers "l'electroaccoustique", mais, puisque détaché de toute rythmique programmée, me conduit aussi vers "l'ambient", lui-même connecté directement au "méditatif". Si un rythme venait à naître, le "rituel" ne serait plus très loin... En concert, c'est à chaque fois différent. A Nevers, puisque tu y fais allusion, c'était un parti-pris de jouer plus rythmé, par rapport au public et en fonction de la programmation du festival; je connaissais la musique des autres projets invités et il m'a semblé évident de devoir offrir au public une prestation "live", avec plusieurs musiciens et surtout sans "playback" (ou DAT par ex. / Batchas n'utilisant d'ailleurs pour quelque live que se soit la méthode du Playback...). Les éléments percussifs devenaient donc indispensables scéniquement (gongs, cloches, etc...). Les instruments acoustiques (violoncelle, violon, etc...), quant à eux, laissaient le champ libre à l'improvisation. La section syntlhés analogiques (comme en studio) accentuait le côté bruitiste. Il ne s'agit donc pas de domaines clairement délimités; que ce soit en concert ou en studio, une grande place est laissée à l'improvisation, à l'imprévu, afin de ne pas étouffer la création.

X: Si je te dis que lors de ce festival, comparé aux "grosses pointures" telles que DEUTSCH NEPAL et surtout TONY WAKEFORD et Edward Ka-Spel, BATCHAS a fait figure de véritable révélation pour le public, faisant la quasi-unanimité, qu'est-ce cela t'inspire (tant pis pour ta modestie...)?

B: C'est très encourageant bien sûr. Il faut dire que tous les éléments avaient au préalable été réunis par White Noise pour que tous les groupes jouent dans les meilleures conditions. L'ambiance et les lieux étaient eux aussi exceptionnels, ce qui a beaucoup influencé notre état d'esprit. Enfin le public a vraisemblablelment été très réceptif à la musique de BATCHAS pour son effort de diversité sonore, et cela ne pouvait que nous faire plaisir!

X: Durant ce festival, as-tu rencontré d'autres groupes? As-tu sympathisé avec certains d'entres eux?

B: Je connaissais déjà les gens de Suède et d'Allemagne pour avoir organisé un mini-festival à Zürich (Cold Meat Ind.: In Slaughter Natives, Deutsch Nepal + Soldnergeist...). Sympathiser avec les personnes de TAC fut un plaisir bien trop court ! Leur prestation m'a beaucoup plu; car très peu statique et donc respectueuse de l'audience, avec une empreinte théâtrale subtile se prêtant à merveille aux décors rococos du théâtre. Le fait de ne pas avoir eu non plus recours aux sempiternelles videos chirurgicales ou 3ème Reich afin de maintenir I'audience assise, ne pouvait aussi qu'influencer mes préférences...

X: Lors de ton concert, tu arborais fièrement un T-Shirt des PSYCHICK WARRIORS OV GAIA (groupe de techno ambiante) et sur un morceau, tu t'es permis d'inclure un rhythme "rap", ce qui a plutôt surpris le public, du moins au début. La diversité des influences est une chose rare et précieuse dans le domaine de la musique industrielle. Que penses-tu du sectarisme qui règne souvent dans ce milieu?

B: Tout sectarisme, et pas seulement dans ce milieu, est néfaste. Je pense que la difficulté à s'ouvrir à d'autres influences réside dans la peur (légitime ?) de perdre son identité. Or la musique industrielle, à mes yeux, peut très bien évoluer tout en gardant ses attaches de référence, sans pour autant devenir commerciale. Tu fais allusion au rhythme rap vers le milieu du concert avec sa flûte arabisante venant s'y ajouter en nappes successives, c'est le bon exemple: varier les influences à ce point devenait presque un risque osé! Mais à faible dose comme ceci et en restant sincère, c'est l'unique moyen de chercher à donner à cette musique un nouveau souffle et d'éviter un ressassage perpétuel de clichés vieux de plus de quinze ans. De plus, dans un festival réunissant par définition des gens plus ou moins proches, un tel rhythme ne pouvait que se décaler fortement et même casser une certaine monotonie. Le public a réagi très positivement et semble donc avoir partagé ce point de vue. Quant au T-shirt des PSYCHICK WARRIORS OV GAIA, je le trouve très beau!J'aime aussi beaucoup de nombreux nouveaux projets techno à forte connotation industrielle ou expérimentale, qui tendent à s'éloigner des circuits purement commerciaux (COIL, H30, PWOG...) et quelques labels tout aussi intéressants plus proches de l'ambient que de la dance (IRDIAL, TROPE, WARP parfois, EM:T, FAX, etc...) .

X: Quelles sont tes influences majeures?

B: The RESIDENTS, P. SCHAEFFER, ZOVIET FRANCE, HAFLER TRIO, toutes les musiques traditionnelles... La liste serait beaucoup trop longue!

X: Musicalement, te situerais-tu dans une mouvance particulière?

B: Tout le monde connaît le problème des étiquettes restrictives. J'aurais même tendance à dire que me situer dans la mouvance industrielle telle qu'on l'entend aujourd'hui, avec des groupes tels que MINISTRY ou NINE INCH NAILS n'aurait aucun sens. . .

X: A en croire la pochette et les titres de Tahafut-Ul-Tahafut , tu sembles influencé par certaines formes d'ésotérisme et notamment par l'univers de Lovecraft. Qu'en est-il exactement?

B: La pochette, les titres, le CD lui-même marquent une période de ma vie, une transition en somme, puisque je réunissais près de six années de matériel sonore sur ce support et les publiais. Ils étaient donc le résultat d'influences et de préoccupations du moment; I'ésotérisme, les lectures Lovecraftiennes, la Mort me touchaient de plus près... Depuis, un changement s'est opéré; les influences sont restées, mais les préoccupations ont changé. Disons qu'il s'agit d'une autre phase de ma vie, dont la musique et l'imagerie pouvant s'y rattacher évoluent avec.

X: Tu sembles utiliser beaucoup l'électronique pour réaliser tes morceaux. Comment traites-tu ces sons?

B: Cela dépend de la source, mais à l'aide de filtres analogiques en premier lieu. Ensuite, si nécessaire, les sons passent par des modules d'effets (analogiques ou digitaux...) puis sont traités numériquement... Dans tous les cas, le mixage reste une étape primordiale, puisque c'est lui qui donnera une autre vie à ce son, selon les autres pistes qui lui seront adjacentes.

X: Tes morceaux sont-ils précisement construits, ou au contraire plus un moyen de créer un climat? Lorsque tu composes, cherches-tu à faire rentrer l'auditeur dans un état d'esprit particulier?

B: Le but principal est de créer un climat propre à transporter l'auditeur vers d'autres "états de conscience". Un son peut se suffire à lui-même et dégager un climat qu'aucune construction fastidieuse ou élaborée ne peut remplacer, dans certains cas... Dans d'autres, je peux passer plus de temps à "arranger" plusieurs pistes ensemble au moyen du magnéto à bandes (ou du séquenceur, ce qui est plus rare). Le mixage, là encore, "liera" le tout... Sinon je n'ai pas de ligne précise dans la manière de composer en général, sauf si le morceau est basé sur un rythme. La liberté dans la manière de composer se veut, et reste illimitée ...

X: Quels seraient tes souhaits pour l'avenir de BATCHAS ? As-tu d'ores et dejà de nouveaux projets?

B: Avoir plus de temps à y consacrer, pour faire plus de performances live. Et répondre à mon courrier! Les projets concrets sont la sortie sur mon label d'un coffret métallique de singles de plusieurs formations suisses, très bruitistes... Avant 96, si j'y parviens... Plus le LP Live in Nevers, la sortie du nouveau CD de BATCHAS avant la Iin de l'année, ainsi que la préparation de nouveaux morceaux pour FREQ 63, projet très passionnant! Enfin des concerts en 96, où BATCHAS est invité.

X: Enfin, as-tu une déclaration fracassante à faire aux charmants lecteurs d'EX MACHINA?

B: Je ne suis pas très "déclaration fracassante"... Mais je tiens à te remercier une dernière fois pour cet interview et pour le soutien très professionnel que tu apportes aux musiques dites non-conventionnelles. Le mot de la fin est donc: "Longue vie à EX MACHINA !" (merci, Ndlr!).



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