Review FEARDROP printemps 1998
Peut-être marqué par l'obscurité de sa musique, Batchas a mis un certain temps pour dépasser un rayonnement confidentiel. Il faut dire que ses premières productions n'ont été distribuées que sur son label cassettes, Scrotum Production. La presse spécialisée commence à se faire l'écho de ses travaux dès la sortie de son premier album, Tahatut-UI-Tahafut, où règnent des paysages assez ambiants, rituels. Batchas semble y manifester son intérêt pour Lovecraft, même s'il estime avoir dépassé cette passion depuis longtemps. Sorti en 1994, ce CD regroupe des morceaux composés entre 1985 et 1994. Pourtant, une véritable unité règne sur le disque. Elle est due à l'attention toute particulière que porte Batchas au mixage, étape qui lui permet d'apporter une couleur à.un morceau, de lui donner une vie propre, en étudiant la place de chaque élément.
Si Batchas est originaire de France, il vit depuis quelque temps en Suisse, où il tient un magasin de disques et a fait jouer plusieurs musiciens lors de festivals qu'il a organisés: par exemple à Zurich en 1994 avec Soldnergeist, In Slaughter Natives, Deutsch Nepal.
Cette grande connaissance des musiques sombres permet à Batchas de prendre une certaine distance par rapport à leurs clichés: dans la composition, dans les interventions scéniques, il est un artiste à part. Rapidement repéré par White Noise / Noise MuseuM, il a été présent dès la première année du Festival des Musiques Ultimes de Nevers (1995). Depuis, il est le lien entre chaque édition, et ses disques suivants sont sortis sur le label de Yann Farcy. Pour ses prestations scéniques, Batchas s'entoure parfois d'amis, que l'on retrouve sur les disques de ses projets parallèles. Le plus constant est Ro-G, issu du groupe Maggot Bile. A côté de ses amours métal-indus, Ro-G est également le co-animateur de Myiase. Avec Batchas, ils créent l'un des univers les plus riches de la musique mécanique: synthés analogiques, bandes magnétos, insertions de bruits concrets, utilisation de voix fonctionnelles pour leur musicalité froide. Pour d'autres collaborations (comme avec Soil ou Mydaüs), Batchas agit de manière plus bruitiste. Batchas seul développe des espaces plus intimes encore, comme dans Mydèse, deuxième CD, sorti chez Noise MuseuM. Une vie intra-utérine y est exposée, commentée. Les infra-basses y évoluent parallelement aux sifflements imperceptibles. Entre les deux, de faibles mouvements prennent toute la valeur de l'évolution en milieu liquide.
Depuis longtemps, Batchas parlait de son amour d'une certaine techno ambiante, des transes expérimentales, et d'un de ses projets nommé Freq 63. Les deux disques sortis chez Noise MuseuM sont redevables de plusieurs fondations originales de Batchas et Myiase. Mais le développement y est bien plus technologique. Technologique et robotique.
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